Mort pour la France

Joseph Marie, dit Marius, BARON 1885/1917

 

Fils de Pierre, un marin-pêcheur, né à Groix en 1840 et de Marie Magdeleine BERNARD, née à Groix en 1849, mariés en avril 1870, résidant dans le village de Quelhuit, Joseph Marie, dit Marius, BARON est né le 4 mars 1885 à Groix dans le village de Quelhuit. Il est le huitième enfant d'une fratrie de dix. Sa mère meurt  alors qu'il a 4 ans des suites de l'accouchement du 10ème enfant.

 

Après quelques années passées sur les bancs de l'école Joseph Marie commence son appren-tissage de marin-pêcheur en embarquant comme mousse sur les dundees de Groix vers l'âge de 12/13 ans. Il devient novice en 1900, puis est inscrit définitivement sur le registre des gens de mer du quartier de Groix en 1903 sous le matricule 1700.

 

Il est levé (incorporé) par la Marine en 1905 et affecté au 3ème dépôt des équipages de la flotte à Lorient.

 

Rendu à la vie civile en 1909, il reprend ses activité à la pêche. A cette époque, il semble résider dans le village de Kerlivio.

 

Jean Marie BARON décède le 16 avril 1917, vers Berry-au-Bac (Aisne)

 


 

A la mobilisation en août 1914, Joseph Marie BARON est âgé de 29 ans. Il rejoint le 3ème dépôt des équipages à Lorient, mais comme beaucoup de réservistes de la Marine, il ne trouve pas d'affectation. Il est alors mis à disposition de l'Armée de terre vers la fin de l'année 1914.

 

Il est alors affecté vers février au 8ème bataillon de chasseurs à pied, son dépôt est à Luçon (Vendée). Il passe quelques mois pour effectuer ses classes, son apprentissage de chasseur.

 

C'est probablement en juillet que Joseph Marie BARON rejoint le 8ème B.C.P. au front dans l’Argonne après les combats du 29 juin au 1er juillet 1915 dans le secteur de Bagatelle. Combats dans lesquels les pertes sont considérables, seuls survivent  4 sous-lieutenants et environ 130 chasseurs sur un effectif de plus de 1100 hommes. Trois jours avant, le Bataillon avait pris les tranchées avec un effectif de 21 officiers et 1100 chasseurs. Il avait donc perdu dans ce combat 17 officiers, et près de 800 chasseurs.

 

Le 11 juillet 1915, le «8ème» B.C.P. était passé en revue par le Ministre de la guerre, qui remettait au Commandant du Bataillon la croix de la Légion d’Honneur. Peu après le Bataillon recevait sa première citation à l’ordre de l’armée pour son courage lors des combats de Bagatelle.

 

A partir du mois d'août 1915, le Bataillon participe d'abord à de gros travaux d'aménagement à l'est de Prosnes (Marne), au sud est de la ferme de Moscou, puis à la grande offensive de Champagne (25 septembre et suivants). II reste dans ce secteur, alternant garde des lignes, travaux et repos à Mourmelon jusqu'au 11 février 1916, date à laquelle il est déplacé sur Cernon au sud de Chalons s/Marne

 

 

Depuis la fin du mois de janvier 1917, on préparait la grande offensive du Chemin des Dames. Des territoriaux en nombre travaillaient à l'arrière des positions, créant des routes, des voies de chemins de fer. Les artilleurs installaient leurs batteries un peu partout. Les régions boisées entre la Vesle et le canal latéral à l'Aisne ne formaient qu'un vaste camp, d'Hervelon à Hermonville, d'Hermonville à Châlons-le-Vergeur, des bois Blancs au bois de Gernicourt, aux bois des Geais et des Pies, entre Guyencourt, Bouffignereux, Gernicourt et Cormicy. Les crêtes qui dominent la vallée de l'Aisne entre Gernicourt (face a la ferme du Choléra), et la ferme de Moscou (face à Berry-au-Bac), se transformaient en forteresses sillonnées de boyaux, peuplées d'abris profonds, de postes de commandement robustes.

 

L'attaque était prévue pour le 14 avril. Elle fut décalée. Le jour J devient le 16 avril à 6h. Dans la nuit du 15 au 16 avril, en prévision d'une avance importante, on massa des régiments de cavalerie à la lisière des bois de Gernicourt. La 1ère Armée se tenait prête à venir exploiter le succès et à s'intercaler entre les 5ème et 6ème Armées. Des tanks, utilisés pour la 1ère fois, péniblement amenés sur les bords de l'Aisne, au signal, s'élancèrent dans la plaine qui relie l'Aisne à la Miette, en même temps que nos soldats sortaient des tranchées. Depuis 5 jours, l'artillerie crachait sans arrêt, démolissant les réseaux de barbelés, s'efforçant de détruire les casemates cimentées. On sait ce qu'il advint de la douzaine de petits tanks qui, sur ce point, arrivèrent aux bords de la Miette. Les 2/3 furent détruits par l'ennemi, prirent feu, et leurs servants furent brûlés vifs. Les 3 ou 4 qui échappèrent à ce massacre ne purent accomplir oeuvre utile.

 

Cependant, du Choléra à Berry-au-Bac, les soldats du 32ème Corps d'Armée triomphaient. Dès 8 h, les 3 premières lignes de «stollen» étaient en leur pouvoir. A 10 h, l'avance réalisée était, dans cette partie, de plus de 3 km. Et pourtant la température n’était pas favorable. Il tombait une pluie fine, le sol était marécageux et collant. Il faut dire que nos obus avaient fait à assez larges brèches dans les réseaux de fils de fer allemands. La progression s'effectua rapide et nos soldats ne rencontrèrent pas grande résistance. La 69ème DI (151ème, 162ème et 267ème RI) s'empara des fortifications de la ferme du Choléra et atteignit la Miette dont elle longea le cours jusqu'à la ferme Mauchamp, où elle fit sa jonction avec la 165ème DI (154ème, 155ème et 287ème RI), partie des tranchées de l'Autobus. Toutes deux, alors, progressèrent jusqu'au bois, au sud de Juvincourt, qui renfermait d'abondants nids de mitrailleuses.

 

 

Quelques hommes atteignirent les lisières de Condé-sur-Suippe, mais aucun d'eux n'en est revenu. A droite, entre l'Aisne et le canal, nos poilus avaient atteint le sommet de la cote 108, mais ils ne purent le dépasser, car l'ennemi avait là des sapes formidables de plusieurs centaines de mètres, puissamment organisées, et riches en mitrailleuses qui tiraient par des meurtrières et semaient la mort dans nos rangs.

 

Plus au sud, sur Sapigneul, la 40ème DI (150ème, 161ème et 251ème RI), se fit tuer sans pouvoir progresser. Cependant, les fantassins de cette division bousculèrent les 2ème lignes allemandes, malgré des pertes énormes. Mais, rapidement décimée et désorganisée par la mort de la plupart des officiers, la 40ème DI ne put résister à une violente contre attaque, et il lui fallut regagner les tranchées de départ. Il est heureux que les allemands n'aient pas poursuivi leur offensive, car personne n’aurait résisté, et nous aurions été, sans contredit, bousculés de l'autre côté du canal. Nos pertes étaient grandes, et le résultat mince. Le chiffre de pertes qui fut publié à cette époque entraîna l'arrêt de l'offensive Limogeages, reprises en main des affaires par les politiques, mutineries suivirent.

 

Pendant 21 jours, avec la faim, la soif, le froid, les nuits sans sommeil, au milieu des bombardements, les Chasseurs du 8ème tiennent le secteur. Mais ce fut sans Joseph Marie BARON mort dès le 1er jour de l'offensive. Ils sont relevés dans la nuit du 7 au 8 mai 1917.

 

la plaque mémorielle de l'Église avec une erreur sur la date

 

Le 8ème bataillon de chasseurs à pied, dit le "Sidi-Brahim" en mémoire d'un épisode glorieux en Algérie, est désigné le 5 mai 1913 pour aller tenir garnison à Étain près de Verdun. C'est là que la déclaration de guerre le trouve, c'est de là qu'il gagne ses positions de couverture. Il appartient à la 83ème Brigade, 42ème Division d'infanterie, VIème Corps d'armée.

 

Son dépôt est déplacé en Vendée, à Luçon, à partir du 5 octobre 1914.

 

Du 18 au 22 août 1914, le « 8ème » est tout d’abord placé en surveillance entre Etain et Metz. Du 19 au 21 août, dans les environs de Longuyon et Pierrepont, a lieu les premiers accrochages et il perd un capitaine, 3 lieutenants, un adjudant et une centaine d’hommes. Il doit alors se replier sur Arrancy s/Crusne (Meuse) où il reçoit l’ordre de tenir la position «coûte que coûte jusqu’à la mort», «Arrancy va être votre Sidi-Brahim», tel fut le mot du Général.

Le 22 octobre, le «8ème» est envoyé en Belgique. Sa mission est « d’aider les troupes belges à regagner le terrain perdu au nord-est de Pervyse ». Le 2 novembre, le bataillon rentre dans Dixmude.

Le 31 décembre,  il rentre en France, une des périodes les plus noires de son histoire vient de s’achever.

 

L’année 1915 débute pour le 8ème B.C.P. par une période de repos et d’instruction avant de retourner au front de janvier à juillet, dans l’Argonne

 

 

 

Dès le 21 février 1916, commence la grande offensive allemande sur Verdun.

Après une période de repos dans le secteur Châlons sur Marne, le « 8ème » Bataillon est envoyé dans le secteur de Douaumont à partir du 10  mars. Pendant vingt jours le « 8ème » tient ce secteur au milieu d’un bombardement sans égal, il est relevé dans la nuit du 30 au 31 mars.

 

Après une courte semaine de repos, le « 8ème » est envoyé dans le secteur de Mort-Homme qu’il va défendre du 9 au 11 avril aux côtés du 16ème B.C.P. et du 151ème R.I. Le Bataillon résiste héroïquement à une vive attaque allemande. Dans ces journées de combats le Bataillon a perdu 19 officiers et près de 600 hommes de troupe ». Joseph Marie BARON à la chance de n'être pas de ces chasseurs mis hors de combat. Le « 8ème» B.C.P. est relevé dans la nuit du 11 au 12 avril par le 251ème R.I.; Il cantonne ensuite à Combles où il reste jusqu’au 7 mai pour y être reconstitué.

 

Du 13 au 29 mai 1916, le «8ème» occupe, le secteur de Cumières-Chattencourt.

 

Par la suite, du 11 juin au 22 août, le 8ème B.C.P., occupe le secteur de Reillon, en Lorraine, à l’est de Lunéville, secteur relativement calme malgré l’attaque allemande du 10 juillet qui fut repoussé les 11 au 12 juillet.

 

Pour soulager le front de Verdun, le Maréchal Joffre monte l’offensive de la Somme. Le 8ème y participe. En septembre, le Bataillon est envoyé en Picardie. Le 20 septembre au matin, le Bataillon occupe ses positions devant Rancourt qu’il aura mission d’attaquer le 25. A peine installé, il subit un bombardement des plus violents qui détruit la moitié de la 2ème compagnie. La prise de Rancourd est un succès, malgré les barrages d’artillerie et le feu des mitrailleuses ennemies. Les pertes sont lourdes, mais le bataillon avançait toujours. Il est relevé dans la nuit du 29 au 30 septembre après que tous les objectifs soient atteints.

 

Le 26 octobre, le Bataillon monte à nouveau en ligne, en Picardie, à Sailly-Saillisel (30 km au sud d’Arras). Dans ces combats, ses pertes sont encore très lourdes : 100 tués, 201 blessés, 90 disparus, 15 évacués. Il est relevé dans la nuit du 6 novembre par le 1er Bataillon du 161ème  R.I.

 

quelques hommes du 8ème B.C.P.

 

Les combats furent particulièrement meurtriers et les troupes furent arrêtées dans leur marche en avant. Mais elles purent continuer leur avance à l'est et aborder le bois Claque-Dents, au sud de Prouvais. Là aussi les mitrailleuses arrêtèrent leur élan. En même temps, la 42ème DI réalisait une belle avance. Le 94ème RI marcha aisément, mais les 8ème (effectifs: 35 officiers, 1420 chasseurs) et 16ème Chasseurs ne purent aller aussi vite, et il y eut bientôt un écart de 700 à 800 m entre les fantassins et les chasseurs. Le 8ème ne parvient qu’à enlever le 1er échelon de tranchées, au prix de lourde pertes: 69 tués (dont Joseph BARON), 69 disparus, 382 blessés, 9 évacués. Mais grâce à son courage, le 8ème fait 287 prisonniers, prend des mitrailleuses, et un canon de 37. «Les Chasseurs sont remarquable de courage et de sang froid», note fièrement le rédacteur J.M.O.. A 10 h, des feux de mitrailleuses croisés enrayèrent la marche du 94ème RI. L'artillerie (61ème RAC) fut sollicitée de réduire au silence ces mitrailleuses. Mais l'artillerie répondit qu'elle n'avait plus assez de munitions et qu'elle réservait les quelques obus qui lui restaient en cas de contre-attaque. Pour maintenir sa liaison, le 94ème rebroussa chemin d'environ 1200 mètres. Cependant, on avait atteint le Camp de César sur lequel des 280, tirés du bois des Geais, poursuivaient la destruction des fortifications allemandes.

 

Le caporal Joseph Marie, dit Marius, BARON est tué à l'ennemi, Mort pour la France le 16 avril 1917, à 6h30, sur le territoire de la commune de Berry-au-Bac (Aisne). Il venait d'avoir 32 ans et il était célibataire.

 

Les autorités militaires semblent ignorer le lieu de son inhumation. Peut-être repose-t-il dans un ossuaire dans l'une des Nécropoles proches des lieux de combat.  Une source d'information suggère qu'il soit inhumé dans la fosse n°14 du cimetière de Mosloy (commune de La Ferté-Milon). Ce qui semble peu probable les deux sites étant éloigné de près de 80 kilomètres.

 

Son acte de décès est transcrit sur les registres d'état-civil à Groix, le 12 novembre 1917. Son acte de décès laisse apparaître qu'il était titulaire de la Croix de guerre. Le J.M.O.du 8ème B.C.P. ayant disparu, nous sommes dans l'ignorance des faits pour lesquels il avait été ainsi honoré, de même l'extrait du J.O. indique qu'il fait l'objet d'une citation.

 

Son nom est gravé sur tous les monuments de la commune de Groix.

 

extrait du J.O. du 4 septembre 1919