La bataille d'Argonne

 

Longue d'environ 60 kilomètres, sur une lar­geur moyenne de 12, la grande forêt d'Argonne se composait de magnifiques arbres de haute futaie sous la haute futaie sous laquelle s'abritaient un taillis touffu, et, en certains endroits, un fourré très épais et presque impénétrable. 

 

Le sol de cette forêt est d'une humidité carac­téristique; les sources y jaillissent partout, jus­qu'au sommet des crêtes, et le terrain d'une argile épaisse retient prisonnières, sans aucune issue, les eaux qui ruissellent de toutes parts; aussi le moindre trou se change en puits de boue, la moindre dépression en marécage. La plus petite piste, où le sol est tant soit peu frayé, devient vite une ornière gluante.

 

 

 

 

 

Pour que les sentiers forestiers soient praticables, il faudra les « parqueter » d'une couche de rondins ; quant aux tranchées, il faudra sans cesse vider l'eau qui s'y accumule. La vallée de la Biesme coupe la forêt à peu près du sud au nord; mais, à droite et à gauche de cette dépression, s'ouvrent des ravins à pente raide, aux berges escarpées, créant de nouvelles difficultés aux combattants et nécessi­tant, à travers les obstacles, des tranchées en zigzag, au tracé particulièrement capricieux et compliqué.

C'est sur ce terrain compliqué qu'eut lieu l'une des batailles les plus dures. La lutte s'engageait dès le milieu de septembre 1914 et se poursuivait sans interruption pendant tout l'hiver. L'état-major allemand manifesta rapidement un grand intérêt aux événements de l'Argonne. Par la poussée sur les Hauts de Meuse, à l'est de Verdun, qui, dès la fin de septembre, le rendait maître de Saint-Mihiel, le Haut Comman­dement allemand avait fait un pas vers l'inves­tissement de la place forte de Verdun, qu'il envisageait comme un de ses objectifs principaux. S'il parvenait, par une pression continue et irrésistible, à prendre pied sur la route Sainte ­Menehould - Verdun, et à menacer ou à couper la voie ferrée, il réaliserait ainsi, à l'ouest de cette place tant convoitée, une avancée analogue à celle de Saint-Mihiel à l'est.

De là, l'activité incessante de l'ennemi dans ce secteur, de là ses efforts et ses sacrifices pour conquérir pied à pied un terrain âpre et tour­menté, que nos troupes défendirent avec une ma­gnifique bravoure.

 

<<<  Une vue de la forêt d'Argonne par Méheut