"Deux Jeanne" "Liberté" "Peuples Frères"

Détruits par obus le 27 septembre 1917

 

Résumé des faits

 

Les 3 dundees thoniers "Les Deux-Jeanne", "Liberté", et "Peuples-Frères", partis de Groix le mardi 25 septembre 1917, se trouvaient le 27 à 8h30 à 30 milles dans le O-S-O de Ouessant quand un sous-marin de grande taille surgit dans l'ouest à 4 milles environ et les canonna. Les trois petits bâtiments étaient armés d'un 57, et  ripostèrent presque aussitôt mais, il avaient affaire à un adversaire puissamment armé, qui se maintint hors de la portée de leurs faibles pièces et put aisément les détruire. Il y mit le temps d'ailleurs et tira près de 100 obus; chacun des navires reçut 3 ou 4 projectiles, le premier dundee sombra vers 10 h 15 et le dernier à 11 h... Le sous-marin... prit à son bord les trois patrons... qui restèrent près de 20 minutes à bord... (Par la suite) l'officier-enquêteur ayant montré la photographie du U-52,  Ies hommes ont reconnu immédiatement la silhouette du sous-marin qui les a coulés... (En fait, il s'agit du U 90). Les embarcations atterrirent le lendemain à Ouessant... sans avoir trop souffert. " S.H.M., rapport du 30 septembre 1917

 

quelques dundees de la même époques à Port-Tudy

 

 

LES DEUX JEANNE  (G 1174)

 

Est un dundee de pêche groisillon, armé au thons, de 44 tx, construit à Paimpol en 1914

 

A l'époque, "Les Deux Jeanne" était équipé d'un canon américain de 57mm

Il a été coulé au canon, le 27 septembre 1917, à environ 30 milles dans le SW d'Ouessant par 48°05N et 005°45W par le sous-marin U-90 (commandé par KL Walter Remy). Le même qui avait sévi deux jours plus tôt contre "Union Républicaine";

 


 

A l'époque de sa mise à flot du «Les Deux Jeanne», en 1914, les copropriétaires étaient :

Pour 6/16ème, Ange Joseph Marie BARON, né le 13 mars 1873 à Groix dans le village de Ker Clavezic, fils de Firmin °1842 et de Sophie BERNARD °1842, il est l'époux de Jeanne Marie BARON °1872, domiciliés à Ker-Clavézic. Ange BARON est mort pour la France  le 14 juin 1915 à Sedd Ul Bahr (Turquie)

 Pour 5/16ème, Alexandre ÉTESSE, armateur et entrepreneur de maçonnerie, né le 26 juillet 1850 à Port-Louis, fils de Jean Louis Édouard °1821 et de Marie Louise BOISECQ °1824, époux en seconde noce de Marie Françoise LE NEVÉ, factrice à Groix, née 1865 à Saint Nazaire, mariés avril 1895 à Groix, résidant au bourg de Loctudy. Alexandre ÉTESSE décède en octobre 1916.

Pour 3/16ème, Jean-Marie KERSAHO, dit jean Marie Tantôt, né à Groix le 20 février 1849, fils de François °1818 et de Thérèse GÉNÉFICE °1823, époux de Désirée BARON °1854, mariés en juin 1874, résidant à Port-Tudy. C'est un marin, devenu cafetier il était aussi le second du canot de sauvetage

Pour 2/16ème, Joseph Pierre Marie BARON, armateur, né le 8 août 1891 à Groix dans le village de Kerlard, fils de Jacques °1863 et de Marie Anne YVON °1863, futur époux de Anne Hortense YVON °1899, domicilié dans le village de Kerloret

 

Après le décès de d'Ange Marie Joseph BARON, c'est sa veuve qui hérite des parts à la fin de l'année 1915. Toutefois, elle vend deux parts à Alexandre ÉTESSE qui en détient ainsi 7/16ème, elle en gardant 4/16ème.

Après le décès d'Alexandre ÉTESSE, à la fin de l'année 1916, c'est sa veuve qui hérite des 7/16ème , tandis que le fils d'Ange Joseph, Ange Joseph Marie né en février 1913, est dit propriétaire de 4/16ème de sa mère.

 

Lors de l'ouverture de la procédure d’indemnisation de la perte de ce bâtiment, en juin 1920, en était propriétaire Marie-Françoise LE NÉVÉ, veuve d’Alexandre ÉTESSE, domiciliée au bourg de Loctudy, Ange Joseph Marie BARON, fils, célibataire, résidant à Kerloret, pour 4/1ème, pour 3/16e, Jean-Marie KERSAHO, débitant, époux de Désirée BARON, domiciliés à Port-Tudy ; et pour 2/16e, Joseph Pierre Marie BARON, armateur, époux d’Anne Hortense YVON, domiciliés à Kerloret.  Sa valeur barre en main fut alors estimée à 23.965 f. de 1914 et à 120.215 f. de 1920, mais l’indemnité allouée par la commission d'indemnisation fut singulièrement moindre : 156.750 f. au total pour le dundee "Les-Deux-Jeanne" et le dundee "Les-Quatre-Frères", canonné puis détruit par une charge explosive, le 16 septembre 1917.

 

 

L'équipage du "Deux Jeanne", le jour de la rencontre dramatique avec le sous-marin, était composé de :

* Joseph Pierre Marie BARON, patron et co-propriétaire, quartier-maître de réserve en sursis, né le 8 août 1891 à Groix dans le village de Kerlard, fils de Jacques °1863 et de Marie Anne YVON °1863, futur époux de Anne Hortense YVON °1899, domicilié dans le village de Kerloret, inscrit au quartier de Groix, mle 1985

* Jacques BARON, matelot, le père du précédent, né le 1er mai 1863 à Groix dans le village de  kerloret,  fils de Pierre °1832 et de Marie GUÉRAN °1830, époux de Marie Anne YVON °1863, le 27 octobre 1890, résidant  à Kerloret, inscrit au registre des gens de mer de Groix, sous le mle n°1045
* François LE FLOCH, matelot et canonnier, quartier-maître de réserve, en sursis, inscrit au quartier de Lorient sous le mle 7310
* Louis BERNIER, matelot, du Croisic  mle 1542
* Tudy NERO, matelot, né le 24 janvier 1893 à Groix dans le village de Locmaria, fils de Joseph Marie °1859 et de Marie Perrine GUÉGAN °1863, époux  de Léopoldine TONNERRE °1895 résidant à Locmaria, inscrit définitif au registre des gens de mer de Groix, sous le mle 2052
* Pierre Ferdinand NOEL, novice, né le 21 juin 1900 à Groix dans le village de Kérampoulo, fils de Pierre °1860 et de Marie Josèphe GOURONC °1863, résidant dans le village de Kerampoulo, inscrit provisoire au registre des gens de mer de Groix sous le matricule n° 2053

* Ange Joseph Marie BARON, mousse,  né le 7 février 1903 à Groix dans le village de Kerloret, fils d'Ange Joseph Marie °1873, mort pour la France en juin 1915 et de Jeanne Marie BARON, °1872, co-propriétaire du "Le Deux Jeanne" suite au dècès de son mari, résidant à Kerloret, inscrit provisoire au registre des gens de mer de Groix sous le matricule n° 1877. Plus tard, il sera considéré comme co-propriétaire du "Les Deux-Jeanne"

 

 

Le dundee "Les Deux Jeanne " G  1174, francisé à Groix, a été coulé le 27 septembre 1917 à 12h48 avec une cartouche explosive .

 

 

 

 

 

 

 

Tudy NÉRO, l'un des matelots du "Deux Jeanne"


 

    "LIBERTÉ" (G 938)

 

 

Est un dundee de 49 tx, armé au thon, construit en 1908 à Belle Ile.

 

Co-propriétaires :

* Maurice Henri CALLOCH, armateur, né le 26 avril 1859 à Groix, fils d'Hippolyte °1807 et de Jeanne Françoise CHAILLES °1812,  époux de Marie Félicia Clarisse (dite Jeanne ?) LE DIFFON, sage-femme, résidant au bourg de Loctudy pour la moitié

* Émile Jean RÉGURON, pharmacien, né le 3 juillet 1867 à Brest, fils d'Antoine °1824 et d'Amelina BURLOT, époux d'Oxémie (dite Suzanne) BOUCHER  résidant à Groix, au bourg de Loctudy pour un quart

* Jean GRAND-BESANÇON, administrateur de l'inscription maritime, résident à Groix au bourg de Loctudy, puis directeur d'exploitation de la Compagnie de navigation mixte de Marseille, pour 1/8ème 

                                                                                                                                       un dundee, sous voile, dans le port du Palais ( Belle-Ile)

* Georges Victor HUREL, épicier, né le 12 janvier 1866 à Canapville (Orne), fils de Victor et de Philippine PELLERIN, époux de Marie Jeanne DUVERGIÉ, résidant à Groix dans le bourg de Loctudy, conseiller municipal, pour 1/8ème

 

L'équipage du "Liberté", le jour de la rencontre dramatique avec ce sous-marin, était composé de :


* Armand STEPHAN(T), patron, âgé de 35 ans, né le 3 mai 1882 à Groix dans le village de Port-Lay, fils d'Emmanuel °1844 et Philomène ADAM,°1845, époux de Marie Tudyne TONNERRE °1887, mariés en novembre 1910, résidant dans le village de Kermunition, inscrit définitif au registre des gens de mer du quartier de Groix, sous le mle ?
* Charles Louis GALLENNE, matelot, âgé de 29 ans, né le 20 octobre 1887 à Groix dans le village de , fils de Pierre Augustin °1850 et de Vincente MOLLEROT °1853, célibataire, inscrit définitif au registre des gens de mer du quartier de Groix, sous le mle ?
* Gildas STEPHAN(T), matelot, (soit Gildas °1865, soit Gildas Marie °1871) ?, de Groix  inscrit définitif au registre des gens de mer du quartier de Groix, sous le mle ?
* Jean POEDRAS, mousse, ? d’Auray.

 

Le dundee "Liberté" G 938, francisé à Groix, a été coulé le 27 septembre à 13h18 (selon le rapport du Cdt du sous-marin) avec une cartouche explosive, ( lui aussi armé d’un canon de 57 mm ?)

 

La commission d'indemnisation a allouée, dans sa décision du 2 décembre 1920, la somme de 140 750 francs. En appel, la commission d'indemnisation du  4 décembre 1926, maintient sa position pour un montant de140 750 francs. C'est le dundee "Alceste" G 1374 / LGX 3069 qui sera construit aux Sables d'Olonne en 1921 avec les sommes de l'indemnisation.

 

 

 

PEUPLES FRERES (G 612)

C'est un dundee de 41 tx, armé au thon, construit en 1897 aux Sables d’Olonne.

 

 

Co-propriétaires à la francisation en 1897 :

* Jacob Augustin LE DREFF, né le 26 janvier 1869 à Groix dans le village de Locmaria, marin pêcheur, célibataire, fils de Jacob °1832 et d' Anne BIHAN °1833, résidant dans le village de Locmaria pour 3/8ème

*Pierre Marie TRISTAN(T), dit Pierre Braz né le 23 février 1850 à Groix dans le village de Kermario, fils de Pierre Marie °1900 et de Marie Jeanne GUILLAUME °1910, ostréiculteur et commerçant, époux de Marie Anne KERSAHO °1854, mariés en septembre 1876, débitante, résidant à Port Tudy pour 2/8ème

* Émile YVON, né le 3 mai 1862 à Groix dans le village de Locmaria, marin-pecheur, fils de Joseph °1830 et de Thérèse GUÉRAN °1830, époux de Marie Philomène LE DREFF °1862, soeur de Jacob Augustin, ci-dessus, mariés en octobre 1886, résidant dans le village de Locmaria, pour 2/8ème

Joseph Marie TRISTAN(T), né le 16 juin 1834 à Groix dans le village de Kermario, marin pêcheur, patron de pêche, propriétaire, fils de Pierre Marie °1900 et de Marie Jeanne GUILLAUME °1910, frère de Pierre Marie ci-dessus, veuf de Victoire TESSOL, résidant à Kermario, pour 1/8ème

 

 

Co-propriétaires en 1910, suite au décès de Joseph Marie TRISTANT

* Jacob Augustin LE DREFF, marin pêcheur, époux de Marie Josèphe LE DREFF de Port-Tudy pour 3/8ème

* Pierre Marie TRISTANT, époux de Marie Anne KERSAHO, débitante, de Port Tudy pour 2/8ème

* Maurice Henri CALLOCH, né le 26 avril 1859 à Groix, dans le bourg de Loctudy, maître-voilier, fils d'Hippolyte °1807 et de Jeanne Françoise CHAILLES °1812,  époux de Marie Félicia Clarisse (dite Jeanne ?) LE DIFFON, sage-femme, mariés en résidant au bourg de Loctudy pour 2/8ème ayant racheté les parts d'Émile YVON

* Marie Magdeleine TRISTAN(T), née le  26 juin 1877 à Groix dans le village de Kermario, commerçante, fille de Pierre Marie °1850 (ci-dessus) et de Marie Anne KERSAHO °1854, célibataire, résidant à Port-Tudy pour 1/8ème dont elle a hérité de Joseph TRISTAN

 

Puis, toujours en 1910, les mêmes, mais la répartition des parts ayant évoluée :

* Jacob Augustin LE DREFF, marin pêcheur, époux de Marie Josèphe LE DREFF de Port-Tudy pour 4/16ème

* Pierre TRISTANT, époux de Marie Anne KERSAHO, débitante, de Port Tudy pour 5/16ème

* Maurice Henri CALLOCH, du bourg pour 6/16ème

* Marie Magdeleine TRISTAN(T), commerçante à Port-Tudy pour 1/16ème

 

et enfin en 1916 :

* Henri Léopold CALLOCH, né le 16 octobre 1884 à Groix, dans le bourg de Loctudy, fils de Maurice Henri °1859 et de Marie Félicia Clarisse (dite Jeanne ?) LE DIFFON, époux de Marie Magdeleine TRISTAN (T) qu'il a épousé le 24 juillet 1915 et gendre de Pierre Marie TRISTANT, possède la totalité du navire ayant racheté les parts de Jacob Augustin LE DREFF

 

 

L'équipage du "Peuples Frères", le jour de la rencontre dramatique avec ce sous-marin, était composé de :

* Alphonse Jean BURGAUD, marin-pêcheur, patron (1917), inscrit définitif au registre des gens de mer du quartier de Noimoutier, né le 26 mars 1856 à Noirmoutier-en-l'Ile (Vendée), fils de François °1820 et de Marie Louise HARDOUIN °1827, époux de Rosalie Angelina DAMOUR °1851, mariés en  septembre 1880, d'où 5 enfants, résidant à Noirmoutier
* Jules BREVEL(L)EC, matelot, inscrit définitif au registre des gens de mer du quartier de Lorient , né le 17 avril 1886 à Port-Louis, fils de François BREVELEC °1853 et de Marie Jacquette GUILLEMOTO °1856, époux d'Anna LE BIHAN °1888, résidant à Lorient. C'est lui qui fera le rapport auprès des autorités maritimes.
* Louis JEGOUZO, matelot, de Lorient
* Martin LE FLOCH, matelot, de Lorient
* Pierre LE BORIS, mousse, de Lorient

 

 

Le dundee "Peuples Frères" G 612, francisé à Groix, a été coulé le 27 septembre 1917 à 14h45 avec une charge explosive, (selon le rapport du Cdt du sous-marin), le dernier des trois. En faisant passer le canon du "Peuples Frères" sur le sous-marin, les bouts ont lâché et le canon a coulé.

 

Après bien des recours , la commission accorde le 13 avril 1926, la somme de 126 750 francs

 

En remplacement c'est le dundee "Pierre Henri" G 1438 LGX 3118 qui est construit à Lorient en 1921, francisé en 1922 .

 

Les Faits

 

Le 27 Septembre 1917 les voiliers se trouvent ensemble à 30 milles dans l’ouest d’Ar Men (48 05N 05 45W) et pêchent. Ils sont très proches, dans un cercle d’environ 300 m de diamètre. L'horizon est clair, mais il y a une grosse houle de SW.

Un sous-marin est aperçu à 9h00 à 1500 m et ouvre aussitôt le feu. Il tire environ 150 coups de canons et de nombreux éclats touchent la voilure, le gréement et la coque. Les dundees, qui sont équipés d’un canon américain de 57 mm placé dans l’axe, entre les deux panneaux, ripostent. Ils tirent environ 80 à 90 coups, Mais les hommes ne savent pas trop se servir des canons et, de plus, sont terriblement gênés par la houle. Le sous-marin s’approche et, comprenant que toute résistance est inutile, les équipages évacuent les voiliers et embarquent dans les youyous. Ils doivent accoster le sous-marin qui fait monter à son bord les trois patrons ainsi que l’équipage du "Les Deux Jeanne" dont le youyou est à moitié plein d’eau. L’ayant vidé, deux Allemands utilisent ce youyou pour aller poser des bombes sur les trois dundees. Mais ceux-ci étaient déjà désemparés et presque coulés. Personne n’est blessé.

Les équipages sont ensuite répartis dans deux youyous qui font route, à la rame, vers la terre. Le premier arrive à Ouessant à 10h et le second à midi le lendemain.

En embarquant sur le sous-marin, les trois patrons voient un 2ème sous-marin s’approcher (du type UC 52 selon ce qu’ils disent après avoir vu la photo de ce sous-marin). Les Allemands communiquent entre eux par signaux à bras et au porte-voix, puis ce 2ème sous-marin poursuit sa route.

Le commandant du sous-marin demande au patron Baron :
« - Pourquoi n’avez-vous pas hissé votre pavillon ? Et pourquoi avez-vous combattu ? »
« - Mais vous-même n’aviez pas hissé le votre ! Nous n’avons fait que nous défendre. » répond Baron.
Le commandant, qui parle bien français et anglais, demande alors :
« - Connaissez-vous l’" Union Républicaine", de Groix, dont le patron est Yvon ? »
« - Oui. »
« - Eh bien, je l’ai coulé hier. »
Il demande encore la destination et ce qu’ils pêchaient, puis ce qu’ils pensent de la guerre. Il ajoute : «- Tout cela est de la faute des Anglais. D’ailleurs, si vous aviez été anglais, on vous aurait tous tués… » Mais en fait, les Français ne sont pas molestés et sont même bien traités. On leur donne à boire et on leur offre des cigarettes. Les trois patrons descendent alors à l’intérieur du sous-marin. Il y a une coursive centrale. D’un côté se trouvent la chambre du commandant et le carré des officiers, sans portes. Baron est logé dans le poste équipage avant où il y a des couchettes et où se trouvent deux tubes lance-torpilles. Il y a deux torpilles par tube, dont une est engagée. Un palan différentiel permet de les manœuvrer. Stéphan et Burgaud sont logés dans le poste équipage arrière où se trouvent aussi deux tubes lance-torpilles.

Il y a environ 20 hommes sur ce sous-marin, y compris le commandant et l’ingénieur mécanicien. Ils sont vêtus de vêtements en caoutchouc noir et portent des bottes. Les officiers montent souvent à la passerelle vêtus de gros jerseys de laine blancs. Pendant leur séjour à bord, plusieurs marins allemands qui parlaient français ont essayé d’engager la conversation avec eux et leur ont demandé ce qu’ils pensaient de la guerre. Mais les patrons ont répondu qu’ils n’en pensaient rien et ne s’occupaient que de la pêche. Il y avait pourtant un jeune télégraphiste qui parlait le français encore mieux que le commandant et qui a été assez prolixe avec le patron Baron. Il lui a dit que le sous-marin patrouillait 40 jours entre Ouessant et Gibraltar, puis rentrait en Allemagne en passant par le nord de l’Angleterre. Il mettait 10 jours pour ce retour. Actuellement, c’était son premier voyage et il était déjà parti depuis 12 jours. Baron ajoute dans sa déposition : « Je ne sais pas s’il se vantait, mais ce télégraphiste m’a dit qu’il y avait une quinzaine de sous-marins en croisière dans l’Atlantique, et certains plus gros que le sien. »

Le petit déjeuner était servi à 07h00. Il comportait café, pain noir (exécrable), fromage de Hollande et confiture (non sucrée). Le déjeuner, servi à midi, était le seul repas chaud de la journée. Il comportait pommes de terre cuites à l’eau avec du lard (en petite quantité). Par deux fois on a varié le menu avec du thon (volé sur "Union Républicaine". Allemands et Français ont eu la même nourriture. Le soir à 18h, un 3ème repas, identique au petit déjeuner, était servi.

Il n’y a rien eu de particulier à signaler les 28 et 29 Septembre.

Mais le 30, un gros vapeur anglais a été coulé. Il s’agissait du "Drake". Baron, qui était dans le compartiment avant, a vu une torpille être lancée du tube tribord. Elle a apparemment manqué son but. Le télégraphiste lui a dit que ce vapeur de 8000 tonnes (?) zigzaguait et que c’est la raison pour laquelle le commandant renonçait à lancer une 2ème torpille et avait décidé de le canonner. Il a fallu au moins une bonne centaine de coups pour le couler. Un marin japonais, sans doute pris de panique, s’est sauvé à la nage et est arrivé jusqu’au sous-marin. Le commandant l’a recueilli et l’a logé dans le poste arrière. (Nota : il semble donc bien que ce marin japonais provenait du "Drake" et non du "Héron", puisqu’il a été vu par les Français. Il sera plus tard remis aux embarcations du "Neuilly") Le reste de l’équipage, des Anglais, est venu accoster le sous-marin dans trois baleinières. Le commandant anglais a été retenu prisonnier à bord et Baron a constaté que le commandant allemand parlait très bien anglais avec lui.

Les trois patrons des dundee ont alors été libérés et mis dans les baleinières avec les Anglais. Le sous-marin a aussitôt fait route sur un autre vapeur qu’il a commencé à canonner (nota : probablement le "Héron"). Mais on n’a pu voir ce qui est advenu de lui. Les naufragés ont été recueillis le 30 à 21h par le vapeur anglais "Cronstadt" qui les a déposé à Gibraltar.

Les Français ont été gardés huit jours à Gibraltar, sans trop savoir pourquoi. Puis on les a mis dans un train pour Hendaye. Là, ils ont eu les pires difficultés pour se faire délivrer un billet pour Bayonne, n’ayant plus un sou en poche. C’est finalement le Commissaire Militaire espagnol qui leur a remis un titre de transport pour Bayonne où ils sont arrivés le 15 Octobre au soir.

Description du sous-marin

Le U 90 est un très grand sous-marin de 90 à 100 m de long , ressemblant à la série U 52- U 62 avec un avant légèrement surélevé et un grand blockhaus à deux étages, l’étage supérieur étant surmonté d’une passerelle. Il est armé de deux canons d’environ 120 mm sur l’avant et l’arrière du blockhaus. Il possède un caisson étanche formant parc à munitions le long du blockhaus, mais les munitions pour la pièces arrière semblent être passées par le panneau arrière. Il n'a pas de garde en fil d’acier, ni de coupe-filet en dents de scie. Il possède une antenne à double fil. Le dispositif visible sur l’arrière, est peut-être destiné au mouillage de mines.

Les patrons sont incapables de bien décrire l’intérieur du sous-marin et les moteurs. Ils n’ont vu qu’une pompe et les tubes lance-torpilles. Il y avait six torpilles pour les quatre tubes. Deux avaient déjà du être tirées.

Voici le dessin du sous-marin fait par les patrons des dundee. On note la ressemblance avec l'U 89
Image

Conclusions de l’officier enquêteur

Les trois dundee se sont défendus de leur mieux et ont été très courageux. Mais ils étaient parfaitement ignorants dans l’emploi de leur armement, surtout par grosse houle.

 

Il serait à souhaiter que nul patron ou capitaine ne puisse prendre la mer sans avoir été mis au courant de la façon de se servir des armes qui lui sont confiées. (Judicieuse remarque … :) )

Récompenses

Le 5 Novembre 1917, 6 Croix de Guerre sont décernées à BARON, STEPHAN, BURGAUD, ainsi que LE FLOCH, GALLEN et BREVELLEC (sans doute les servants des canons). Un témoignage officiel de satisfaction est en outre décerné à l’ensemble du personnel des trois thoniers pour avoir résisté courageusement à coups de canons au sous-marin qui les attaquait.

 

Le sous-marin attaquant était l’U 90 commandant par le KL Walter REMY qui a de nombreuses proies à son actif. Walter REMY est né le 1er juillet 1883, descendant d'une famille huguenote ayant fui la France à la Révocation de l'Edit de Nantes (1685). Entré dans la Marine Impériale en avril 1901, il a commencé la guerre comme officier artillerie sur le croiseur "SMS" avant de se tourner vers l'arme sous-marine. Il passe une grande partie de l'année 1916 à l'école de Navigation sous-marine et reçoit le le 15 octobre 1916 le commandement de l'U 24. Le 2 aoû917, il quitte ce sous-marin pour prendre le commandement de l'U 90, un sous-marin neuf. Après un mois d'essais et d'entrainement, l'U 90 est rattaché à la 3 U-Flottille et basé à Wilhelmshaven.

 

U 90 et son commandant qui était un "homme de bien" en plus que d'être un marin avec toute la notion de solidarité que cela implique. U 90 a commencé sa carrière guerrière en coulant plusieurs pêcheurs . Il est aussi responsable de l'attaque du grand trois-mâts "NEUILLY" qu’il coula le 1er Octobre ainsi que de "JEANNETTE".

On peut légitimement penser que le télégraphiste qui s’est confié au patron Baron est Arnold FISCHDICK qui écrivit plus tard un ouvrage sur la guerre sous-marine. Peut-être retrouve-t-on trace de cette affaire dans son livre.

Le récit fait par les trois patrons est en tous cas fort intéressant. On se rend compte en particulier que l’Allemagne avait réellement des difficultés pour assurer un bon approvisionnement, même de ses sous-mariniers.

le 2ème sous-marin présent sur les lieux et qui a communiqué avec l'U 90 est l' UC 69