Mort pour la France

Yves Marie André COLLOBER  (1878/1916)

 

Fils de Louis Marie, cultivateur, né à Ploemeur en 1840, installé à Groix vers 1872, comme journalier, et de Marie Yvonne MELIN, née à Guidel en 1844, mariés à Ploemeur en février 1868, résidant à Groix, Kermunition, hameau en bordure du bourg de Loctudy à partir de 1872, Yves Marie André COLLOBER est né à Groix le 8 novembre 1878. il est le 6ème enfant d'une fratrie de 8 dont les 6 dernier sont nés à Groix.

 

Après quelques années passées sur les bancs de l'école, Yves fait son apprentissage de marin-pêcheur en tant que mousse vers l'âge de 12/13 ans. Puis il devient novice en 1893 et est inscrit définitif sur le registre des gens de mer du quarier de Groix en 1896 sous le n° matricule ? (à rechercher).

 

Il est appelé à faire son service militaire au 3ème dépôt des équipages de la flotte à Lorient en 1898.

 

Après son retour à la vie civile, il reprend ses activités à la pêche. Il se marie à Groix, le 27 octobre 1909 avec Marie Isabelle GOUALOU, née en 1878, une fille de Locunolé (Finistère) venue se placer comme domestique à Groix. Elle a accouché d'un enfant naturel en 1905, qu'Yves a reconnu lors de leur mariage. Ils auront deux autres enfants en 1913 et 1914.

 

Yves Marie André COLLOBER décède officiel-lement le 16 décembre 1916, à Louvémont (Meuse).

 

Un frère de Marie Isabelle, Louis, a été tué en octobre 1914 à Vauquois (Meuse)


 

Lorsque la guerre éclate, Yves COLLOBER est âgé de plus de 35 ans. Il est tout de même mobilisé au 3ème dépôt des équipages de la flotte à Lorient. Toutefois la Marine n'a de mission a lui confier. Il est donc mis à disposition de l'Armée de terre, le 28 janvier 1915. Il est rappelé le même jour et il est affecté au 3ème Régiment d'infanterie Coloniale dont le dépôt se situe à Rochefort (Charente Maritime) et où il arrive le 2 février 1915.

 

Là, il reçoit une formation militaire pour le préparer à la guerre sur terre.

 

Après quelques mois de cette préparation militaire, il est affecté le 30 avril 1915  au Régiment de Marche Coloniale (R.M.C.) qui devient le 1er Régiment d'infanterie coloniale du Maroc (RICM). Il est reconnu comme un régiment d'élite, composé à l'origine que de soldats professionnels, mais compte-tenu des pertes immenses, il est peu à peu renforcé de rappelés.

 

Devant l'afflux des mobilisés, le 3ème R.I.C a aménagé un camp de toile

 sur les boulevards de la ville.

le 3ème R.I.C. passé en revue avant le départ au front

 

Le 27 novembre 1914, les éléments des 6ème, 7ème et 9ème bataillons, qui subsistaient encore après les combats sanglants couronnés par la victoire de la Marne, rejoignaient le 4ème bataillon. Les 95 poilus du 7ème étaient répartis entre les 3 autres bataillons du régiment de marche définitivement constitué. En décembre 1914, le Régiment d'Infanterie Coloniale du Maroc est brusquement appelé pour renforcer la 53ème D. R. dans la grande offensive sur les positions allemandes de Mametz - Montauban.

 

D'innombrables réseaux de fils de fer, des feux nourris de mitrailleuses avaient antérieurement arrêté l'élan admirable des troupes de la 53ème D.R. Le 17 décembre à 16 heures et le lendemain matin, 2 compagnies du 6ème bataillon du R.I.C.M. étaient engagées successivement à l'attaque des tranchées du cimetière de Mametz. En vain, arrêtées à quelques mètres des réseaux, les compagnies engagées furent réduites à creuser une tranchée sous un feu violent.

 

Le 20, les 4ème et 9ème bataillons reçurent l'ordre de reprendre l'offensive par surprise sur la lisière Est de Mametz. Bien que l'attaque fut éventée, les clairons sonnent la charge. La compagnie de tête s'empare de la première tranchée. Les mitrailleuses ennemies couvrent le terrain découvert d'une nappe de projectiles et causent de grosses pertes dans les rangs. A la cote 210, l'attaque est arrêtée par un blockhaus puissant. A 9 h. 45, l'ordre arrive de reprendre l'attaque qui est préparée par un tir de nos 75.

 

Dans un sursaut d'énergie, les débris des compagnies s'élancent. Bientôt on ne voit plus que des isolés qui s'avancent, mais qui tombent sous un feu impitoyable, jusqu'au moment où le commandement renonce à cette offensive. Les pertes avaient été terribles: 19 officiers avaient été tués et la compagnie Boutel ne comptait plus que 20 hommes.

 

Malgré les fatigues du combat et la mitraille, vit-on les vaillants poilus du 4ème bataillon aller pieusement recueillir sur le champ de bataille les restes des officiers, leur donnant cette ultime marque de respecteuse estime. Une telle précaution n'était d'ailleurs pas inutile, puisque, lorsque les allemands réoccu-pèrent leur tranchée, leur premier soin fut de mettre sur le parapet les blessés français qui n'avaient pu être enlevés par nous.

 

Cette lutte épique autour de Mametz avait coûté au R.I.C.M. 25 officiers et 745 soldats tués ou blessés et lui valut sa première citation personnelle à l'ordre de l'armée.

 

émission de gazs dit "ypérite"

 

En septembre, il participe aux combats devant Arras. Le 25, à l'offensive de Vailly, il est au moulin de Fielleux où le Régiment subit un bombardement intense qui lui cause des pertes.

 

Après la prise de Loos, il est envoyé brusquement dans les lignes anglaises pour tenir la zone où les allemands nous disputent le double crassier; celui-ci, constitué par les débris retirés des puits et des usines, forme un monticule qui domine la plaine uniforme. Dans la matinée du 8 octobre, l'ennemi exécute un violent bombardement ; il détruit les défenses accessoires et coupe toutes les communications avec l'arrière. Le terrain est littéralement labouré par des obus de gros calibre.

 

A 16 h, les marsouins, certains du combat imminent, en occupent les tranchées, résolus à se battre jusqu'au dernier s'il le faut. On leur a envoyé des casques, mais ceux-ci ne portent pas l'ancre, emblème de l'armée coloniale. Ils les refusent et conservent leurs képis afin que le boche soit fixé sur la qualité de ses adversaires. Les troupes d'attaque allemandes s'élancent par vagues sur le no man's land, glacis de 800 mètres de large. Certains groupes, croyant tromper les marsouins, arborent en tête un drapeau blanc. En dépit de la supériorité écrasante des effectifs de l'assaillant, les coloniaux se portent résolument à leur rencontre et tirent sans arrêt, brisant successivement six tentatives ennemies pour aborder nos lignes.

 

Malgré les monceaux de cadavres qu'il laisse devant notre front, les allemands réitèrent leurs assauts que ne contrarie pas notre artillerie. Les munitions commencent à faire défaut à la 7ème compagnie. Les troupes allemandes - en profitent pour prendre pied dans les tranchées françaises. Les marsouins se battent à coups de pelles, de pioches de baïonnettes, dans un corps à corps acharné. A 17 heures, au prix d'efforts surhumains, ils parviennent à établir de solides barrages aux boyaux d'accès. La progression ennemie est arrêtée définitivement à coups de grenades, tandis que par une contre-attaque énergique les autres éléments du 4ème bataillon reprennent du terrain et s'y maintiennent jusqu'à la relève.

 

Le 23 décembre, le régiment est alors dirigé sur le secteur de Nieuport qu'il tient jusqu'au moment où il est engagé dans la bataille de Verdun.

 

attaque du fort de Vaux

 

Les allemands tiennent sur la pente Est de la fameuse cote 304 un observatoire d'où l'on surveille tous les mouvements de la vallée d'Esnes. Le 4ème bataillon est chargé de l'arracher à l'ennemi. Le 14 juillet 1916, en plein engagement, il relève l'infanterie qui occupe les tranchées françaises.

 

La 4ème compagnie à laquelle sont adjoints tous les grenadiers et bombardiers du groupe franc et des volontaires, se porte sur la première ligne.

 

Elle attaquera le 16 à 2 heures du matin.

 

A minuit, un lieutenant de la 4ème part en reconnaissance avec quelques hommes dans le secteur d'attaque. Il se heurte soudain à des troupes d'assaut allemandes qui prévenaient ainsi les desseins de notre commandement. Il fait un clair de lune superbe : «A moi les marsouins ! Voilà les boches qui attaquent ! En avant ! », s'écrie cet officier. A cet appel, les poilus bondissent hors des tranchées et se précipitent à la rescousse. Un combat s'engage. Les grenades explosent, jetant des lueurs fauves sur lesquelles se profilent les ombres des combattants luttant corps à corps. Trois heures après, non seulement l'allemand était repoussé, mais les objectifs fixés dépassés et l'observatoire entièrement en nos mains. Malgré les attaques renouvelées, l'ennemi ne peut en déloger les marsouins qui, mis en forme par ce succès, allaient montrer à l'ennemi la puissance de leur ardeur offensive.

 

 

Le village de Fleury vient d'être pris par l'armée allemande qui menace ainsi directement la citadelle de Verdun. Il est indispensable d'aveugler la brèche qui se forme.

 

Le 8 août 1916, le R.I.C.M. est chargé de cette mission. Se heurtant aux centaines de cadavres allemands qui emplissent les trous d'obus, les marsouins traversent la nuit le terrain où vient de se dérouler la bataille de Souville et relèvent le 134ème régiment d'infanterie au Sud-Est et à l'Est de Fleury. Deux lignes de trous d'obus à peine reliés, trois ou quatre abris, véritables charniers, constituent le seul système de défense des troupes françaises.

 

Le ravitaillement en munitions, vivres et matériaux est presque impossible, aucun boyau ne relie les premières lignes à l'arrière. Au milieu de ce champ de carnage les hommes se mettent vigoureusement à l'œuvre, sous un marmitage continuel. Pendant que les uns enterrent les morts pour rendre respirable l'atmosphère, les autres creusent jour et nuit et poussent en avant deux parallèles aux approches du village.

 

En dépit de la résistance des grenadiers ennemis, qui disputent le terrain pied à pied, le 8ème bataillon occupe bientôt la corne Est de Fleury.

 

L'assaut général résolu pour le 17 août se déclenche à 18 h. Au chant de la Marseillaise et de l'hymne de l'Infanterie de marine, les hommes s'élancent à l'assaut de la poussière de moellons qui des maisons seule subsiste. Le commandant 8ème bataillon est tué sur le parapet. Par un sanglant combat de détail qui se prolonge très avant dans la nuit, le 4ème bataillon pénètre très profondément dans le village.

 

A gauche, les vagues d'assaut du 4ème bataillon enlevées par un capitaine, traversent un barrage d'artillerie formidable. Elles descendent irrésistibles le ravin de Fleury, massacrent à coups de grenades et de F. M. la garnison ennemie, dépassent même l'objectif fixé et doivent être ramenées à l'arrière sur les positions prévues par le commandement. Une demi-heure après le début de l'attaque plusieurs centaines de prisonniers allemands étaient expédiées à l'arrière.

 

Néanmoins le coin Est du village est resté entre les mains de l'ennemi et l'infanterie allemande qui contre-attaque avec acharnement, cherchant à déborder les marsouins, pourrait y trouver une base de départ. Malgré les ordres du commandement, le R.I.C.M. refuse alors d'être relevé pour achever son œuvre. Le 18, le 8e bataillon réalise cet objectif, enlevant de haute lutte les derniers retranchements qui sont aussitôt retournés vers le Nord.

 

Les pertes sont lourdes : 13 officiers, 530 soldats ont été tués ou blessés. Le R.I.C.M., cité à l'ordre de l'armée reçoit la fourragère aux couleurs de la Croix de guerre.

 

les environs du fort de Douaumont en octobre 1916

 

La délivrance des forts, bien qu'ayant solidement affermi la position de Verdun, doit cependant être complétée par l'élargissement du cercle de fer qui les entoure.  L'oeuvre du Général de division, concepteur de l'attaque doit être parachevée et celui-ci sait que ses projets seront fidèlement réalisées par les coloniaux qu'il connaît de longue date.

 

En décembre 1916, le Régiment d'Infanterie Coloniale du Maroc reçoit donc l'ordre de participer à la nouvelle bataille qui va clôturer la série des combats épiques qui se sont déroulés pour la défense du principal pilier angulaire de notre ligne de résistance du front Nord-Est. Les marsouins attaqueront le ravin d'Henrias adossé à la fameuse côte du Poivre et s'empareront du village de Louvemont.

 

L'opération est exécutée avec succès, grâce à la valeur de la troupe et des cadres Le 15, à 10 h, les 8ème bataillon (Nicolaï) et 4ème bataillon (Modat), suivis parle 1er bataillon (Croll), s'élancent à l'assaut dans une boue argileuse sans se laisser arrêter par les feux de mitrailleuses. Devant le camp d'Heurias, qui ne communique avec Louvemont que par un col étroit garni de tranchées et de fils de fer, la lutte est violente. Le commandant du 8ème bataillon y trouve la mort glorieuse digne de ce valeureux soldat.

 

A gauche, le 4ème bataillon déborde audacieusement le col et enlève au pas de course le village qui est entièrement conquis à 11 heures. A 13 h, le 1er bataillon pousse en avant. A droite, les batteries atteintes sont détruites par une de nos compagnies, tandis qu'au Nord-Ouest une contre-attaque boche est arrêtée net.

 

Le régiment, qui a perdu 765 hommes tués ou blessés, dont 23 officiers, a capturé, au cours du combat, 815 prisonniers valides, 23 mitrailleuses et pris ou détruit 26 canons et un nombreux matériel.

 

Il avait bien mérité la fourragère aux couleurs de la médaille militaire qui lui fut décernée après cette victoire.

 

La bataille de Verdun se déroula du 21 février au 19 décembre 1916 et fait 700 000 victimes, françaises et allemandes, dont 300 000 morts. Yves COLLOBER a été l'un des derniers. Au lendemain de l'armistice de 1918, l'évêque de Verdun, parcourt le champ de bataille jonché de cadavres. Avec le soutien du général, gouverneur de la place de Verdun, il décide d'édifier un ossuaire pour donner une sépulture décente à ces soldats et permettre à leur famille de se recueillir.

 

En 1919, une baraque en planches fait office d'ossuaire provisoire. Une association privée se met à la recherche de financements nécessaires à l'édification du monument définitif.

 

Les deux premières pierres sont posées le 22 août 1920. Le 17 septembre 1927, a lieu le transfert solennel de l'ossuaire provisoire à l'ossuaire définitif, encore en construction, des 52 cercueils représentant les secteurs de la bataille de Verdun.

 

Le 7 août 1932, l'ossuaire de Douaumont est inauguré par le président de la République, en présence d'anciens combattants et des familles de soldats disparus.

 

Disparu pendant la bataille, le corps d'Yves COLLOBER n'a pas été retrouvé ou pas identifié. Il repose très probablement au milieu des 130 000 dépouilles allemandes et françaises rassemblées dans cet ossuaire.

ossuaire de Douaumont (Meuse)

 

Le Régiment d'Infanterie Coloniale du Maroc débarque à Cette (Sète) le 17 août 1914. Avec le reste de la division marocaine, il est dirigé aussitôt sur la Belgique. Mais, la bataille de Charleroi a modifié les plans du commandement et le R.I.C.M. reçoit mission de protéger la retraite commencée en s'établissant sur la ligne Signy-l'Abbaye / La-Fosse-à-l'Eau. Les hommes sont sûrs d'eux et dès le premier contact avec l'ennemi, ils révèlent des qualités qui les placeront au premier plan. Suivant les principes de tactique, ils manœuvrent et attaquent les colonnes qui progressent, au lieu de les attendre de pied ferme. Les officiers entraînent les sections en chantant et dans un magnifique élan le R. I. C. M. bouscule sur 1.500 mètres de profondeur l'allemand qui se croyait sûr de lui-même.

 

Les jours suivants la lutte reprend acharnée sur les lignes successives fixées par nos généraux. Le 31 août 1914, le régiment décimé, sacrifié au salut de l'armée, ne comprend plus que l'effectif, d'un bataillon (1 000 h), lorsqu'il organise la défense du Châtelet, mais il n'est pas disloqué. Et les allemands viennent à nouveau se briser sur les barricades défendues avec une farouche résistance. Sous un bombardement terrible, le Châtelet est en feu. Le flot envahisseur submerge ses défenseurs. L'ordre est donné au R.I.C.M. de battre en retraite. Comment le pourrait-il, étant presque cerné ? Pour donner le change, une section sort des tranchées pilonnées par les obus et avec une abnégation incroyable se rue sur le boche. Pendant ce temps, avec calme, ce qui vit encore se retire, section par section, par l'étroit goulot encore praticable, passant aux derniers défenseurs qui vont mourir toutes les cartouches qui ne sont pas tirées.

 

La journée du 4 septembre marque la fin de ce calvaire. Le R.I.C.M., jeté en avant-postes aux marais de Saint-Gond, maintient en échec les troupes impériales qui le 7 sont contraintes de rebrousser chemin. La poursuite implacable commence. La division marocaine dont le R. I. C. M. fait partie est citée à l'ordre de l'armée, à la suite de la victoire de la Marne.

 

Le 4ème bataillon du R. I. C. M., qui avait débarqué avec la brigade Gouraud allait participer avec la 4ème brigade marocaine, aux opérations engagées sur le flanc droit de l'armée allemande qui occupait Lassigny. Le 22 septembre 1914, l'attaque générale est déclenchée. Avec une fougue admirable les poilus s'élancent sous un feu d'artillerie des plus violents. La voie ferrée est dépassée, les premières tranchées sont enlevées. Malheureusement les régiments voisins n'ayant pu progresser, la situation du 4e bataillon devient intenable: 130 tués, 308 blessés, presque tous les cadres tombés tel est le bilan de l'attaque.

 

Afin de ne pas sacrifier inutilement des vies humaines, le commandement donne l'ordre de se reporter à l'alignement des éléments des autres unités de l'armée où le R. I. C. M. organisera son secteur. La boue, les inondations, l'absence d'abris, la difficulté des relèves, un froid rigoureux, tout semble accumulé par la nature pour dresser des obstacles à l'existence des soldats habitués aux climats torrides. Ce sont les souffrances supportées stoïquement par tous nos poilus pendant l'hiver 1914-1915.

 

quelques hommes du 1er RICM

 

 

Au début du printemps 1915, le Régiment d'Infanterie Coloniale du Maroc est dirigé à l'ouest de Saint-Pol comme troupe de choc de la 152ème D. I. en vue d'une offensive projetée à l'Est d'Arras.

 

Mais les événements modifient les plans du commandement et il est envoyé à Ypres, pour renforcer nos alliés britanniques qui résistent avec courage aux attaques répétées des armées de Flandres. Ypres doit être dégagé à tout prix.

 

A 13 h, le 27 avril, le signal de l'attaque est donné. Les marsouins, alignés comme à la manoeuvre, font preuve de bravoure. Soudain, alors que les premières vagues sont à peine à 50 m de la ligne ennemie, après un sifflement prolongé sur tout le front, un léger brouillard s'élève de la ferme Mortelje. De couleur jaune verdâtre, il roule lentement. Essoufflés par leur course, les poilus aspirent le gaz chloré et à demi-asphyxiés tombent foudroyés. Pour la première fois les gaz sont employés.

 

Malgré les souffrances, les compagnies placées en soutien, bien que plus ou moins intoxiquées n'abandonnent pas leurs postes de combat. En dépit des tirs de barrage et des rafales de 105 et 210, l'attaque est reprise le lendemain vers les lignes de sacs à terre et les chevaux de frise qui abritent l'ennemi. Les vagues progressent par bonds, décimées par un feu très violent d'artillerie et de mousqueterie; les trois bataillons se portent sur la ferme Mortelje qui est conquise de haute lutte.

 

Le 30 avril, presque tous les officiers sont tombés. L'artillerie allemande arrose copieusement les premières lignes et les mitrailleuses qui n'ont pas été détruites, gênent considérablement la progression. A 18 h, nos clairons sonnent «en avant», mais peu après nos vaillants poilus sont arrêtés par un nouveau nuage de gaz qui fait échouer l'attaque.

 

En trois jours le R. I. C. M. a perdu en tués et blessés 1011 hommes dont 30 officiers.Ordre lui est alors donné de se replier sur la lisière Sud de la ferme Mortelje et d'y tenir le secteur. Par des attaques partielles répétées et qui durèrent jusqu'à mi-mai, le régiment harcèle l'ennemi et lui donne l'impression qu'une offensive peut être déclenchée en Flandre d'un jour à l'autre. Il retient ainsi des régiments qui eussent été utilisés sur d'autres fronts.

 

Un bataillon de renfort de 150 dont le marsouin Yves Marie André COLLOBER rejoint son régiment en fin de journée du 30 avril.

 

Le 8 juin 1915, le 1er régiment de marche d'infanterie coloniale (RMIC) devient officiellement le 1er Régiment d'infanterie coloniale du Maroc  (RICM).

 

 

Le 3 juin 1916, le fort de Vaux, commandé par le chef de bataillon Raynal, est à l'agonie. Une brigade de marche, composée du Régiment d'Infanterie Coloniale du Maroc et du 2ème Zouaves, est formée pour le débloquer.

 

Elle est transportée le 6 à Houdainville. Le 7 au soir, le R.I. C.M. arrive dans le secteur de Tavannes au P. C. Carrières. La violence des tirs de contre-préparation, le nombre des voitures qui circulent sur tous les chemins font que la plupart des guides se perdent et que les zouaves ne rejoignent pas à temps.

 

Il y a comme préparation d'artillerie, en dehors des tirs violents d'artillerie de campagne qui ont lieu jour et nuit, que quelques coups de 155 tirés sur le fort. L'imprécision des positions françaises et allemandes ne permet pas de faire davantage. Bien que seul parvenu sur les positions, le R.I.C.M. s'engagera de suite. Le 321ème R. I., qui devait être relevé le soutiendra le cas échéant.

 

Le 8 juin, à 4 h, l'attaque se déclenche. Les compagnies qui ont pour objectif le fort arrivent à la gorge et engagent la lutte à la grenade avec l'ennemi qui est dans les fossés. Mais elles sont bientôt décimées par les mitrailleuses placées sur la superstructure du fort. Malgré la rapidité exceptionnelle avec laquelle l'attaque a été organisée, le R.I.C.M. est arrivé six heures après que le commandant Raynal se fut rendu et au lieu de trouver des troupes amies dans le fort, il est en butte aux rafales des boches.

 

Dans le bataillon du centre, sept officiers sur huit tombent. Les compagnies sont réduites à moins de 25 hommes. Il en est de même à droite et les sections doivent s'organiser sur l'emplacement où elles sont clouées par les mitrailleuses et un bombardement continuel d'une violence inouïe; L'ennemi at- taque jour et nuit, mais est repoussé avec des perles énormes. La souffrance des défenseurs est affreuse. Les ravitaillements font presque défaut. Les lignes de trous individuels, la piste qui conduit aux premières lignes sont jonchées de morts.

 

Le 18, lorsque le R.I.C.M. est relevé, pas un pouce de terrain n'a été abandonné. Le régiment a perdu 1137 hommes dont 23 officiers, mais le moral de tous reste entier. Malgré la gloire du fait d'armes accompli, Vaux étant resté finalement aux mains ennemies, le R.I.C.M. ne put bénéficier d'une citation à l'ordre de l'armée.

 

 

 A peine descendu de Fleury, le R.I.C.M., apprend avec enthousiasme qu'en raison de son héroïque conduite, le général lui réserve la tâche glorieuse d'enlever le fort de Douaumont. Aussitôt commence une préparation minutieuse où chacun étudie son rôle.

 

Le combat sera mené sans répit pour l'adversaire. Les trois bataillons disposés en profondeur, se relaieront successivement en tête pour asséner plus sûrement des coups de boutoir irrésistibles.

 

Le 22 octobre 1916, le régiment gagne ses positions d'attaque à la tête du ravin des Vignes, un peu en arrière de la crête glaiseuse qui entre Thiaumont et Fleury marque la ligne de départ. Le terrain est détrempé par les pluies, les boyaux et tranchées sont parsemés de mares fangeuses où les hommes s'enlisent. Sous un ciel gris, le terrain affreusement marmité offre l'aspect d'un paysage lunaire, tandis que sans discontinuer la canonnade fait rage.

 

Hypnotisés par la vue du fort qu'il s'agit d'arracher aux ennemis et qui apparaît imposant dans les éclaircies de brume, les marsouins attendent impatiemment l'heure de l'attaque générale.

 

Le 24, jour fixé, un premier combat s'engage pour repousser ll'allemand qui a pris pied dans la tranchée de première ligne, puis à 11 h 40, au signal de son chef, le 4ème bataillon se dresse hors des parapets glissants et s'enfonce dans le brouillard et la boue. Au milieu du crépitement des mitrailleuses, des éclatements de grenades, des silhouettes d'hommes apparaissent en files, chargeant dans la brume et brisant les résistances acharnées des groupes ennemis.

 

Après une progression de plus d'un kilomètre, le 4ème bataillon atteint son objectif. Les 2/5ème de son effectif, 10 officiers dont le commandant, sont hors de combat.

 

A 14 h commence la 2ème phase de la manœuvré. Le 1er bataillon doit contourner le fort de Douaumont à droite, le 8ème bataillon l'aborder de front. Les patrouilles de tête arrivent sur les fossés, au moment où le rideau de brouillard se déchire. Profitant de l'ahurissement de la garnison, le capitaine enlève la compagnie de tête du 1er bataillon et malgré le chaos du terrain s'établit sur les superstructures du fort qu'il franchit - dès que le 8ème bataillon est en position d'abordage.

 

Indifférents au pilonnage de l'artillerie adverse, fusiliers, grenadiers, lance-flammes ont bientôt fait d'annihiler les nids de résistance. Un avion aux couleurs tricolores plane au-dessus de Douaumont, consacrant la victoire.

 

A. 19 h commence l'attaque du sous-sol qui s'achève à 20 h par la reddition du commandant du fort et de nombreux prisonniers. La forteresse est entièrement entre les mains des marsouins et sa nouvelle garnison, le 8ème bataillon, ne lâchera pas sa proie. La croix de la Légion d'honneur avec une autre palme est décernée au drapeau du R.I.C.M. qui a accompli sa tâche sans souci des sacrifices que celle-ci a entraînés et qui se chiffrent par 852 tués ou blessés, dont 23 officiers.

 

 Côte du Poivre en 1916

 

Yves Marie André COLLOBER est déclaré officiellement mort, tué à l'ennemi, le 16 décembre 1916, mais tout laisse à penser qu'il a disparu lors de l'assaut du 15 décembre entre 10h et 10h45.. En effet si l'on se réfère au Journal des marches et opérations, il n'y a pas eu d'assaut le 16. Cette attaque clôture la célèbre bataille de Verdun. Yves par son sang y aura contribué.

 

Il venait d'avoir 38 ans. Il laissait une veuve et trois orphelins dont le plus jeune n'avait que deux ans et demi.

 

Alexis BLOUIN, grand'oncle de l'auteur de ce site

soldat du 1er RICM, mort des suites des blessures  reçues le 15, le 16 décembre 1916

 

Un jugement déclaratif de décès, fixant le décès au 16 décembre 1916, a été prononcé le 27 janvier 1922 par le tribunal civil de Lorient.

 

Le jugement a été transcrit sur les registres d'état-civil de Groix le 20 févier 1922.

 

Le nom d'Yves Marie André COLLOBER est inscrit sur tous les monuments de la commune de Groix.

 

Il a été honoré de la Croix de guerre avec étoile d'argent à titre posthume