Mercantilisme et protectionnisme: les bases du commerce colonial

Au début du XVIIème siècle, les «marchands» considèrent que «le prince, dont la puissance repose sur l'or et sa collecte par l'impôt, doit s'appuyer sur la classe des marchands et favoriser l'essor industriel et commercial de la Nation afin qu'un excédent commercial permette l'entrée des métaux précieux». Leur théorie à un nom le mercantilismeLes tenants du mercantilisme prônent le dévelop-pement économique par l'enrichissement des nations au moyen d'un commerce extérieur convenablement organisé en vue de dégager un excédent. Résultat qui est obtenu par un investissement raisonné et volontaire dans des activités économiques. Pour ce faire, l'État se trouve investi de la responsabilité de développer la richesse nationale, en adoptant des politiques pertinentes de nature défensive comme le protectionnisme.

Ainsi chaque État cherche à s'assurer le monopole du commerce colonial à son profit ou au profit des compagnies privilégiées. C'est le régime de l' "exclusif", improprement appelé "pacte colonial". En Angleterre, après l'Acte de navigation de 1651, le texte essentiel est le "Covenant Act" de 1660. "Aucune marchandise, aucun produit ne peut être apporté des colonies ou vers les colonies que sur des navires anglais ou construits dans les colonies ou leur appartenant, sous peine de confiscation." 

 

En France, un régime analogue est imposé aux relations entre les colonies et la métropole. Même s'il y a eu parfois des adoucis-sements officiels, et toujours de la contrebande, l'"exclusif" domine encore pour l'essentiel au XVIIème et au XVIIIème siècle. En 1767, Choiseul rappelle encore que les "colonies fondées par les diverses puissances de l'Europe ont toutes été établies pour l'utilité de la métropole". C'est la raison pour laquelle l'intérêt se porte alors avant tout vers des territoires aux ressources complémentaires. D'où le développement des plantations de sucre, de tabac, de coton, d'indigo ou de café. Tout est subordonné à l'essor de ces plantations. Les premiers conquérants européens avaient procédé au pillage des territoires découverts. Il était également interdit aux colonies de développer leur production industrielle dans la mesure où elle pouvait concurrencer celle de la métropole. Grâce à la colonisation, des capitaux ont été accumulés dont l'abondance devait être un des facteurs de la révolution industrielle.

 

 

Port de Rochefort - La corderie

Bataille d'Augusta contre les Pays Bas

Les régiments des Isles et des Galères fusionnèrent pour former le "Régiment des Navires", en garnison à Port-Louis, puis passé au service de la Compagnie des Indes. De nombreuses fonderies de canons sont ouvertes à Toulon, Lyon, Rochefort, Saintes, en Bourgogne, dans le Nivernais, dans l'Angoumois.

 

Colbert place le Canada sous administration directe, car les Iroquois commencent à bouger sérieusement. Il y nomme un gouverneur, y envoie 800 hommes du régiment de Carignan-Sellières qui mirent les Iroquois à la raison. Quelques-uns de ces soldats s'installèrent dans le pays en tant que colons et épousèrent des "filles" dont la métropole se débarrassait. La colonie passa de 2.500 à 10.000 âmes, avec l'appoint des familles qui émigraient de France.

 

La politique commerciale de la France

Le XVII° s. marque un tournant capital. Certains États maritimes disposent désormais de productions agricoles ou industrielles exportables en quantités importantes, pouvant fournir aux navires une cargaison de départ. Dans ces pays, par conséquent, l'expédition maritime, fructueuse à l'aller comme au retour, devient suffisamment rentable pour être une activité autonome. De cette époque datent les véritables armateurs pour qui l'expédition maritime ne représente plus l'accessoire d'une opération commer-ciale, mais cette opération elle-même. Le "Navigation Act" de Cromwell, en 1651, réserve, le premier, l'importation de marchan-dises au long cours au pavillon anglais. Sous des formes diverses, la France, le Portugal et l'Espagne adoptent la même politique dite du "monopole du pavillon". La conséquence de cette politique va être l'effondrement des flottes de nations dénuées de possibilités d'impor-tation, faute de marché intérieur, telles les villes hanséatiques, ou de cités isolées sans arrière-pays pouvant fournir des cargaisons de départ à leurs navires, telles les républiques maritimes italiennes.

 

Pour J-B Colbert (1619-1683), la possession des métaux précieux est fondamentale pour la puissance de l'État. Or, constate Colbert, "il n'y a qu'une même quantité d'argent qui roule dans toute l'Europe, et qui est augmentée de temps en temps par celui qui vient des Indes occidentales". Pour multiplier l'argent, disait-il, "il faut l'attirer du dehors et le conserver au-dedans", ou encore: "Il est certain que pour augmenter les 150 millions qui roulent dans le public de 20, 30 et 50 millions, il faut bien qu'on le prenne aux États voisins [...] et il n'y a que le commerce seul, et tout ce qui en dépend, qui puisse produire ce grand effet. "Par conséquent, on ne peut s'enrichir qu'en faisant venir de l'étranger le maximum de métaux précieux; "Tout le commerce consiste à décharger les entrées de marchandises qui servent aux manufactures du royaume, charger celles qui entrent manufacturées [...] soulager les droits de sortie des marchandises manufacturées au-dedans du royaume."

 

 

Les "compagnies"

 

Déjà, Richelieu avait pensé que le grand commerce n'est pas l'affaire de particuliers, dont "les reins ne sont pas assez forts" mais de "compagnies" qui, protégées par le roi, grouperaient les capitaux et les bonnes volontés. L'échec de Richelieu (les compagnies créées sous son égide ont sombré lamentablement) est patent. Puisque les Anglais et les Hollandais ont réussi là où Richelieu avait échoué, c'est que, d'après Colbert, "le commerce était contraire au génie même de la race [...] car ni l'État ni les particuliers n'avaient jamais tenté" sérieusement de le faire. En conséquence, il se met lui-même à la tête de l'entreprise.

 

Colbert pense que l'instrument de la colonisation est la compagnie à charte. Cinq sont créées ou réorganisées. La Compagnie des Indes occidentales (1664), dont le siège est au Havre, reçoit le monopole du commerce de l'Amérique, de la côte occidentale d'Afrique, la Compagnie des Indes orientales (voir ci-dessous). On doit encore à Colbert 3 autres compagnies: la Compagnie du Nord (1669) pour la Baltique, la Compagnie du Levant (1670) pour la Méditerranée et la Compagnie du Sénégal (1673) pour la traite des Noirs.

 

Il trace le but à atteindre et la ligne de conduite pour y parvenir: comme le commerce mondial se divise en branches assez distinctes, il fonde pour chacune d'elles une "compagnie", fournit à chaque compagnie des capitaux et des directeurs, leur donne des règlements et les surveille très étroitement. Certaines de ces compagnies connaissent un sort semblable à celles qu'avait lancées Richelieu: la Compagnie du Nord, qui devait commercer avec la Baltique, connaît des débuts assez prometteurs, mais ne parvient pas à survivre à la guerre de Hollande. D'autres se maintiennent à grand-peine. Les causes de l'échec, de certaines compagnies ainsi créées ont été bien analysées: l'estampille officielle, qui devait assurer leur succès, causa leur ruine, en raison de la méfiance des souscripteurs; la trop vaste étendue des territoires concédés n'était pas proportionnée aux ressources financières et techniques; la mauvaise gestion économique, les querelles entre directeurs, employés (sans parler des religieux) empêchèrent un véritable développement commercial ou colonial.

 

La Nouvelle-France (Canada) est annexée au domaine royal (1663). Au Canada même, les conflits se multiplient. Ils mettent aux prises les fonctionnaires royaux et les jésuites qui veulent par exemple isoler les Indiens dans des "réductions" du type paraguayen, les "coureurs des bois" et les usuriers et marchands, les gouverneurs et les intendants. Les options sont incertaines: priorité à la conversion, trafic des fourrures, troc avec l'eau-de-vie comme moyen d'échange, développement de l'agriculture, création d'industries (auxquelles Colbert ne s'oppose pas, mais dont les marchands redoutent qu'elles tarissent le commerce). Chacun, au gré de ses intérêts, se prononce pour l'orientation qui lui est la plus profitable. Le territoire forme une bande de largeur variable le long du Saint-Laurent, des Grands Lacs et du Mississippi, englobant des pays aux climats divers mais coupée du littoral "utile" que tiennent les Anglais, beaucoup plus nombreux (environ 200 000 contre 12 000 Français). L'Acadie est isolée malgré la création, en 1683, d'une Compagnie de l'Acadie et commerce plus facilement avec les colonies anglaises qu'avec le Canada. Terre-Neuve, qui a un statut de colonie, est fréquentée par les marins, mais elle ne compte que six cent trente-huit Français en 1687.

 

Inaugurée par les portugais au XVIème siècle, la route des Indes Orientales par ce Cap, entraîne les autres nations européennes vers des échanges entre l'Occident et l'Asie. La présence européenne sur les côtes du Deccan s'est diversifiée et consolidée. Au début du XVIIème s., le Portugal a lâché prise sur son trop vaste empire, et abandonné à la Hollande la maîtrise des mers indiennes. Obtenant la faveur du Sultan Jahangir, la Compagnie des Indes orientales (V.O.C.) construit 3 factoreries sur la côte de l'Inde. Elle ne peut empêcher l'East India Company de la suivre dans cette voie. La victoire britannique dans la guerre anglo-hollandaise en 1652 laisse l'East India Company maîtresse du terrain. Mais la Compagnie française des Indes entre bientôt en scène à son tour.

 

Port de La Rochelle

L'opinion publique ne s'intéressait guère, avant Colbert, aux choses de la mer: ici encore, Richelieu fut un précurseur; Colbert entend accroître son œuvre. D'abord, il fait acheter à l'étranger les vais-seaux nécessaires: cela coûte cher, et cette opération est contraire aux principes mêmes du mercantilisme, bien entendu; alors il parvient, non sans peine, à en faire construire en France une bonne partie. Ainsi, le port de La Rochelle qui, en 1664, ne comprenait que 32 vaisseaux, de construction ancienne, en contient en 1682 92, dont 53 de construction française. Pour abriter cette flotte nouvelle, de grands travaux sont entrepris et, comme les ports existants risquent de ne pas suffire, Colbert en crée de nouveaux. En 15 ans, Rochefort devient un vaste ensemble de grands bâtiments qui abritent toute une population, un arsenal, une fonderie, des hôpitaux, des magasins. Ce qui donne à Colbert le plus de souci, c'est le recrutement des troupes de mer: tous les moyens lui sont bons pour l'armement des galères, depuis l'achat d'esclaves jusqu'à la multiplication de la peine des galères pour les condamnés. Et le contrôleur général prend même à cette occasion une mesure curieuse, que l'on n'ose qualifier d'humanitaire: il enjoint aux parlements d'appliquer la peine des galères le plus possible de délinquants, et même de la substituer à la peine de mort.

 

Au prix d'un effort étonnant, aussi bien militaire que commercial, les Provinces-Unies acquirent une puissance suffisante pour que l'amiral Maarten Tromp, puisse braver l'Angleterre et hisser, triomphalement, à côté de son pavillon, un balai, symbole de la prétention néerlandaise à dominer la mer du Nord et la Manche (1656). Cependant, 20 ans plus tard, au terme d'une lutte âpre, Michel Ruyter succomba devant Abraham Duquesne en Méditerranée (Augusta -Sicile- en 1676). Douze ans après cet échec, l'accession de Guillaume d'Orange, à la couronne d'Angleterre rangea, malgré les apparences, la puissance navale hollandaise au second rang, après la flotte britannique.

 

En fait, la quatrième phase de l'histoire navale européenne avait déjà pris fin. Pendant un demi-siècle., en 2 étapes, grâce à Richelieu et à Colbert, la marine française s'était reprise et, passé l'intermède de la Fronde, elle avait connu un essor sans précédent. Richelieu avait tout conçu, Colbert tout réalisé (reconstruction d'une flotte de 120 vaisseaux, organisation du système des classes, reprise en main de l'autorité sur le corps des officiers). Il s'en fallut de peu que la marine française n'enlevât aux Anglais la maîtrise de la Manche; la victoire du comte de Tourville au cap Bevéziers, en 1690, jeta la panique en Angleterre, mais, 2 ans plus tard, l'échec final de La Hougue découragea Louis XIV, alors privé de Colbert mort en 1683, et rendit confiance à la marine anglaise.

 

"Régiment de navires" devenu "Compagnies franches de Marine"

 

Déportation de filles et femmes "perdues" ? pour peupler les colonies

 

En pratique, ce système protecteur envisagé par Colbert aboutit à élever les droits à l'importation à la limite extrême où ils peuvent monter sans entraver les relations commerciales du pays avec l'étranger, et à baisser d'autre part les droits d'exportation à la limite où ils peuvent descendre sans compromettre les revenus du fisc.

 

Se souvenant bien que "le commerce étant un effet de la bonne volonté des hommes, il faut nécessairement le laisser libre", le contrôleur général des Finances établit d'abord un tarif douanier modéré, celui de 1664. Au contraire, le tarif suivant, mis en vigueur 3 ans plus tard, est beaucoup plus restrictif, encore qu'il ne comporte aucune prohibition totale. C'est que Colbert juge alors que les manufactures françaises doivent être mieux protégées, pour assurer leur avenir encore incertain.

 

En réaction contre ces mesures qui les frappaient directement, la Hollande et l'Angleterre usent d'un procédé classique et augmentent à leur tour les droits d'entrée sur les vins: Colbert ne s'inquiète pas puisque, selon un billet qu'il envoie en 1669 au plénipotentiaire français de La Haye, "on n'a jamais tant enlevé de vins en France que cette année-ci". Cette politique réussit à l'égard de l'Angleterre: les importations en France sont chiffrées une dizaine d'années après à 90 000 livres sterling, tandis que nos exportations vers l'Angleterre dépassent 320.000 livres sterling. Pour Colbert, ces chiffres traduisent le succès de son système économique: il n'en va malheu-reusement pas de même à l'égard des Hollandais. De la guerre économique, on en arrive à la guerre tout court et, quand la paix est enfin conclue à Nimègue en 1678, elle consacre un grave échec pour la politique mercantiliste: la France se voit contrainte de retirer son tarif de 1667, principale origine des difficultés entre les deux pays, et d'admettre qu'à l'avenir "la liberté réciproque du commerce dans les deux pays ne pourrait être défendue, limitée ou restreinte par aucun privilège, octroi ou concession particulière".

 

 

Port du Havre, siège de la compagnie des Indes occidentales

Le port de Constantinople, port d'entrée du commerce avec le Levant

 

Les colonies.

 

Pour Colbert aussi, la colonisation apparaît comme une des conditions de la prospérité économique de la France. Dans l'opinion de Colbert comme dans celle de nombre de ses contemporains, les colonies ne sont rien d'autre que des débouchés ouverts au commerce de la métropole, et des marchés où, à l'exclusion de tous autres, la mère patrie se fournit des matières premières nécessaires à sa propre consommation. Ici encore, Colbert pousse à l'extrême, dans les réalités quotidiennes, les conséquences de sa doctrine.

 

Il faut d'abord assurer la marche des colonies, et donc les peupler. À intervalles réguliers, l'Hôpital général de Paris se vide des filles nubiles qui s'y trouvent et celles-ci sont envoyées aux colonies; Colbert incite par ailleurs aux mariages précoces en frappant d'une amende, versée aux hôpitaux des diverses colonies, les parents dont les garçons auraient atteint 20 ans, et les filles 16 ans, sans se marier; il prévoit une pension annuelle de 300 livres aux habitants du Canada qui auraient 10 enfants vivants, il favorise la traite des nègres, etc… Ensuite et surtout, Colbert entend mettre la main sur l'ensemble du commerce colonial. Défense absolue est faite aux navires étrangers d'accoster ni même de tenter de commercer avec une colonie; un vaisseau trouvé dans le voisinage tombe sous le coup de la peine de confiscation. Encore est-il nécessaire d'assurer à la mère patrie le privilège de ces marchés lointains: les colonies ne peuvent vendre et acheter qu'à elle. Malgré les plaintes que sa réglementation entraîne (les raffineurs des îles demandent à exporter vers le Canada et Boston les rhums et mélasses dont ils ne peuvent trouver le débouché en France), Colbert reste intransigeant. Il est cependant évident que la France ne pouvait fournir aux Antilles tous les vivres, tous les bois de construction dont elles avaient besoin: l'autorité royale finalement s'en rendit compte au XVIII° s., puisqu'elle finit par autoriser ce trafic. Mais Colbert a atteint, en son temps, le but qu'il recherchait: il a fourni un nouveau débouché aux manufactures de la métropole, il a mis en œuvre son "système" économique, sans se soucier le moins du monde des intérêts des colons, mais toujours en vue la splendeur de l'État.

 

Robert Cavelier de La Salle, fils d'un marchand de Rouen, entreprend la descente du Mississippi dont il découvre le delta en 1682. Il prend alors possession de vastes prairies auxquelles, en l'honneur de Louis XIV, il donne le nom de Louisiane. L'administration de cette "Nouvelle-France", avec son gouverneur (le comte de Frontenac, de 1672 à 1682 et de 1689 à 1698), son intendant, ses divisions territoriales, est calquée sur celle de la France. La justice y est rendue selon la coutume de Paris et le conseil souverain équivaut à un parlement. La société est organisée sur une base féodale. Les seigneuries occupent des espaces souvent très vastes. Les biens d'Église représentent environ le quart du territoire et le clergé prélève la dîme. Entre les paysans &endash; venus pour les trois quarts des provinces de l'Ouest (Saintonge, Aunis, Anjou, Poitou, Normandie) et de l'Île-de-France &endash; et les seigneurs existent les mêmes liens de dépendance que dans la métropole. Les tenanciers doivent des droits seigneuriaux: cens et rentes, droits de lods et vente, droit de retrait, corvées, banalités, etc. Mal payés, les journaliers sont, à la moindre revendication , menacés du fouet ou de la prison.

 

Des rivalités d'intérêts opposent les Indiens (dont on exploite les divisions) à l'ensemble des colons, et, à l'intérieur de la "société coloniale", dressent les paysans contre ceux, seigneurs ou gens d'Église, qui ont la propriété éminente sur la terre. Colbert doit renoncer au système des compagnies.

 

Les Antilles, comme terres de productions tropicales, représentent pour Colbert la colonie "idéale". Il en sera ainsi pendant tout l'Ancien Régime. Les Îles seront la colonie par excellence. Colbert fait racheter par la Compagnie des Indes occidentales les îles dont les seigneurs étaient devenus propriétaires; puis, le privilège de la Compagnie ayant été révoqué, les îles sont rattachées directement à la Couronne, qui est représentée par des gouverneurs. Du point de vue territorial, malgré les avatars dus aux guerres, le gouvernement royal conserve toujours la Guadeloupe, la Martinique, et, en 1679, le traité de Nimègue légalise l'occupation de fait de la partie occidentale de Saint-Domingue. Une société typiquement coloniale s'établit progres-sivement. Les planteurs blancs, nobles ou anciens "engagés" qui ont réussi, forment une aristocratie foncière. Les "engagés" sont de moins en moins nombreux, en raison des conditions très dures qui leur sont imposées. Souvent en rupture de contrat, ils ne sont, ainsi que beaucoup d'immigrants "libres", que de "pauvres Blancs". Plus de la moitié de la population est désormais formée par les esclaves importés d'Afrique. Colbert a bien préparé le Code noir qui a été promulgué en 1685; si ce texte tend théoriquement à substituer des règles à l'arbitraire, s'il reconnaît aux esclaves la qualité d'hommes, il obéit surtout à des soucis religieux (baptême obligatoire de l'esclave) et sociaux (les abus pouvant entraîner des troubles). Dans la pratique, la plus grande liberté est laissée aux propriétaires d'esclaves, dont les négriers de la métropole sont étroitement solidaires. Les esclaves travaillent sur les plantations de canne à sucre, d'indigo, de tabac et de café, seule activité autorisée par la métropole. 150 à 200 navires font annuellement le commerce des Antilles. L'économie métropo-litaine est, pour une part, liée aux Antilles. Les produits des Îles sont expédiés vers les ports de l'Atlantique et même vers Marseille. La France fournit des métaux, du charbon, des farines, des vins, du chanvre et du lin. Ce qui favorisera la création de plusieurs industries: travail des cuirs à Caen et à Rouen, fabrication des toiles rayées en Normandie, raffineries dans tous les ports.

 

La présence française s'affirme en Afrique (1680), l'amiral d'Estrées a enlevé aux Hollandais Gorée et Rufisque, des comptoirs s'installent au Sénégal et en Gambie. De cette époque datent les premiers voyages français vers l'intérieur des terres. Médine est atteint. Si André BRÜE, représentant de la Compagnie du Cap-Vert, obtenait les moyens qu'il demande, il pourrait aller jusqu'à Tombouctou et donner toute cette partie de l'Afrique à la France.

 

 

De 1686 à 1690, la création des compagnies franches de la Marine, à Brest, Rochefort et Toulon, est destinée à la garde des arsenaux et à l'armement des vaisseaux, qui feront campagne avec Duquesne, Tourville, Jean Bart, Duguay-Trouin, d'Estrées et également sur terre, et aux colonies.